mercredi 18 février 2009

Racines


23h13, mercredi 18 février, je n'y arrive pas. Impossible de me mettre sous ma couette douillette, me plonger dans mon roman de science fiction qui parle de conflits intergalactiques sur fonds de manipulations politico-ethnico-religieuse. Hum, science fiction vraiment?
La première fois j'avais six mois, mes souvenirs sont inexistants, mes parents aiment à raconter que j'avais effectuè une partie du trajet dans un casier à bouteilles....oh, je vous vois venir...la deuxième fois j'avais 8 ans et déjà plus de souvenirs, la chaleur, les sourires, les piqûres de moustiques la mer turquoise dans laquelle on courrait a peine sortis de la méhari, les chars à boeufs sur les routes. Onze ans, j'y retourne, toujours plus de sourires, d'escapades, la soufrière, escalade du volcan, souvenirs épars d'une odeur de souffre, de gouffres fumants et soudain envie de redescendre car peur du vide. Les mets succulents pleins de saveurs, les fêtes indiennes ou on mange avec les mains le colombo de cabri sur une feuille de bananier. La mangrove, infestée de moustiques, verte et humide personne autour a part quelques zombies sûrement bien cachés, les bruits des oiseaux, je revois mon père plongeant le bras dans un trou de boue jusqu'à l'épaule pour en ressortir un crabe géant, les nuits de pleines lune aussi, ou les crabes sortent de leurs trous et infestent cette mangrove, plus qu'a se baisser pour les ramasser. La pudeur et le sourire des gens et puis la dernière fois, 1995, je sors d'une année éprouvante, karine m'a quitté un an plus tôt, les cicatrices sont béantes, j'enchaîne sur le service militaire qui va repousser mes limites au niveau de l'abrutissement de masse, puis dans la foulée je dois arrêter mes études qui n'en finissent plus de stagner. Cette année là, pour mes 25 ans mes parents m'offrent un billet d'avion et a peine rendu mes effets militaires, je saute dans l'avion pour rejoindre ma famille et un couple d'amis, et là tout va basculer. Les frustrations de l'enfance sont vites oubliées, a peine descendu de l'avion, je récupère mes valises et me glisse à l'arrière de la méhari. Mes parents, ma soeur me parlent, ils me racontent ce qui s'est passé pendant leur première semaine mais je ne les écoute pas, ou plutôt j'entends comme un brouhaha au loin pendant que je regarde autour de moi, les cocotiers, les boeufs sur les bords de route, les cases, les odeurs, les gens et la, pour la première fois de ma vie je ressens un sentiment de sérénité porté a son paroxysme et je me dit:" ici c'est chez moi".

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